Les recherches le démontrent : une des raisons qui rend les hommes réticents à recourir à une aide professionnelle est le fait de se retrouver en situation d’inégalité devant l’autorité du professionnel en face d’eux (Ducharme, Lévesque, Éthier, Lachance 2007), alors que les périodes de grande détresse, vécues par les hommes, s’accompagnent souvent d’un sentiment de perte de contrôle sur leur vie.

 

De plus en plus, les situations professionnelles masculines exigent d’eux des aptitudes relationnelles hautement développées ou une aptitude accrue à gérer leurs émotions, que ce soit parce qu’ils occupent des fonctions avec le public, en gestion, ou parce qu’ils sont confrontés à des difficultés fréquentes qui ne doivent pas affecter leur productivité. À ces exigences s’ajoutent celles qu’ils s’imposent de plus en plus pour devenir le modèle de père qui correspond à leurs valeurs (Quéniart, Imbault 2003, http://id.erudit.org/revue/socsoc/2003/v35/n2/008530ar.pdf) et pour répondre aux nouvelles attentes de leur entourage de s’exprimer sur ce qu’ils vivent, tout en demeurant une source de soutien pour la famille (Lacharité 2009,  https://www.erudit.org/revue/efg/2009/v/n11/044118ar.pdf).

For estate agents, the gradual feminisation of their emotional working place, over the time, meant that they, sometimes knowingly and strategically, used this shift in advancing their careers. Thus, across all the occupational groups we were concerned with, men showed themselves capable of using emotional intelligence and emotional management to their advantage, for instance, when cultivating client relationships. Equally, at other times, the strain of (sometimes completing) emotional performances across public and private spheres was too great, and relationships suffered, as female partners sometimes attested to. (Robinson et Hockey, 2011)

Pourtant, la société change lentement et les femmes y sont encore généralement reconnues davantage que les hommes comme expertes de la gestion des émotions. Les femmes constituent d’ailleurs encore la majorité des employés et des utilisateurs des services sociaux au Québec et les hommes considèrent souvent ces services comme étant conçus davantage en fonction des besoins des femmes que des leurs (Lajeunesse et coll., 2013, http://www.simonlouislajeunesse.com/wp-content/uploads/ROHIM.pdf) et se sentent peu valorisés par les propositions de services sociaux qui tentent de les rejoindre, ayant l’impression d’y apparaître sous une image caricaturale (Bizot, 2013, http://santesaglac.com/documentation/category/99-sante-des-hommes?download=414). Les hommes se retrouvent aussi en minorité dans la plupart des groupes d’entraide ou de soutien et peinent souvent à y restaurer leur estime personnelle et leur sentiment de compétence, dans ces moments de vulnérabilité et d’impression de perte de contrôle de leur vie, où un groupe d’entraide devrait être en mesure de jouer un rôle (Bizot, Dessureault, Pelletier 2013, https://www.perceptions.svs.ulaval.ca/pdf_fiche/43).

Il arrive fréquemment, dans le parcours de recherche d’aide des hommes, que les services reçus ne répondaient ni à leurs besoins ni à leurs attentes. Notamment, le besoin de parler de ce qu’ils vivent et d’être écoutés semble difficile à combler dans le réseau public. La prescription de psychotropes semble souvent privilégiée par les intervenants et la réaction négative des hommes face à cette option thérapeutique semble indiquer qu’elle n’est pas le fruit d’une décision partagée. (Lajeunesse et coll., 2013, http://www.simonlouislajeunesse.com/wp-content/uploads/ROHIM.pdf)

Les groupes basés sur l’entraide s’appuient justement sur la responsabilisation qu’ils confient à leurs usagers pour contribuer à leur reprise de confiance en leur capacité d’agir sur leur vie et dans le monde. Ainsi, les hommes qui fréquentent des groupes d’hommes évoquent fréquemment le réconfort que leur apporte leur présence réciproque dans un espace où ils sentent qu’ils n’ont pas souffert pour rien puisque ce qu’ils ont traversé les aide à comprendre et même à inspirer d’autres hommes  à chaque pas de leur résilience. Ils se sentent aussi plus en mesure de se comprendre les uns les autres quant à la pression que font encore vivre les règles de performance et d’invulnérabilité qui s’imposent encore aujourd’hui, parfois de manière plus subtile dans la vie des hommes.

«Dans l’ensemble, cette dynamique renforce le sentiment d’autonomisation de chacun, et ce, même si les nouveaux arrivants dans le groupe sont possiblement moins bien préparés pour exercer un rôle d’aidant. Après une période d’apprentissage pouvant varier selon les personnes, les participants en viendront cependant à atteindre les mêmes capacités que les aidants plus expérimentés.» (Komaroff et Perreault, 2013, http://www.erudit.org/revue/dss/2013/v12/n1/1021538ar.pdf)