Une des revendications les plus évidentes que soulignent les recherches portant sur les hommes québécois et surtout sur les jeunes générations est que soient reconnus leur autonomie et leur besoin de se définir par eux-mêmes à travers des valeurs qui leurs sont propres.

 

D’ailleurs, ceux-ci, tout comme les hommes qui fréquentent le Réseau Hommes Québec depuis plus de 20 ans, affirment peu se reconnaître dans le modèle légué par leur père (Quéniart, Imbault 2003, http://id.erudit.org/revue/socsoc/2003/v35/n2/008530ar.html?lang=fr  et Lacharité, 2009, https://www.erudit.org/revue/efg/2009/v/n11/044118ar.pdf ) et dont ils ont parfois souffert, pas plus que dans les images stéréotypées des hommes que leur renvoient les médias ou leur entourage.  Pourtant, comme le démontrent aussi ces recherches, entre la non-reconnaissance dans les modèles qui leur sont proposés et la découverte de manières d’être et de faire qui leur conviennent, la route est parfois longue, mais le discours partagé dans un groupe d’entraide comme le RHQ peut aider à trouver sa cohérence.

«Une autre motivation peut être une conscientisation croissante des méfaits associés à la pratique de la masculinité traditionnelle. L’incertitude quant à ce que signifie être un homme peut être un autre facteur de motivation pour rejoindre un groupe du Réseau. Plusieurs hommes savent qu’ils n’apprécient pas la définition traditionnelle de la masculinité, mais sont pris au dépourvu lorsqu’ils tentent de créer leur propre définition. Le groupe est pour eux un outil de découverte de nouvelles possibilités, un guide pour opérer des changements de leur identité masculine qui leur permet de vivre en meilleure harmonie avec eux-mêmes. (Bizot, 2011, https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/bitstream/handle/1866/5504/Dominique_Bizot_these_2011.pdf)

En conséquence, les services sociaux ont souvent à composer avec des hommes aux valeurs, aux comportements et aux choix de mode de vie divers. Un groupe d’entraide comme le Réseau Hommes Québec répond alors à ce besoin de recevoir une écoute sur mesure dans un groupe qui évolue à leur rythme puisque ce sont les hommes eux-mêmes qui en définissent l’objectif et l’évolution selon ce qu’ils connaissent les uns des autres. Une fois les principales règles de respect établies, ils ont donc la latitude nécessaire pour constater les pas qu’ils accomplissent, en fonction de leur progrès et des aptitudes qu’ils développent à coanimer un groupe, mais aussi pour s’observer et s’accepter tels qu’ils sont. Ainsi, les hommes du RHQ, même s’ils n’établissent pas leur lien à partir d’une problématique spécifique, peuvent tirer de leur rencontre tout ce que l’on est en droit de s’attendre d’un groupe d’entraide régi pour et par ses membres.

«Mais que les personnes des fraternités puissent acquérir des techniques permettant d’identifier les dangers de rechute, les méthodes permettant de progresser et de se construire, ou encore de renforcer la motivation grâce à des rituels de différentes natures, tout cela n’implique aucune adhésion à la culture de la performance ni aucune dépersonnalisation. De toute façon, il est probable que l’esprit lié à l’événement fondateur qui transcende, constitue et structure par là même les fraternités comme telles, est une balise qui préserve les membres des diverses tentatives de fonctionnarisation de la personne humaine auxquelles nous pouvons assister aujourd’hui.» (Coulon, 2009)